Le Livre enrichi ?

Marie GarelActualités, Design d'interaction, Utilisabilité

À l’approche du prochain UX Book Club, je souhaitais rebondir sur un sujet d’actualité qui suscite grandement mon attention, la plateforme de lecture numérique : http://www.patentbolt.com/2013/03/sony-may-have-invented-a-killer-ebook-design.html.

Réfléchir à la forme et au fond du « livre enrichi » est une question délicate. Elle demande à réfléchir sur une adaptation intelligente des valeurs de l’objet livre, outil de communication tangible, à enrichir le traitement de son contenant informationnel par les mécanismes d’interactions et les usages numériques sur interface.

Le roman, les œuvres artistiques et les livres-jeux sont des champs de littérature passionnants. À ce jour, la plupart des livres interactifs accessibles en ligne manquent de profondeur dans l’ergonomie de lecture, les mécanismes narratifs, pour tendre à proposer une immersion poignante, accordée par des interactions subtiles, sensibles.

Aussi, l’imagination, fabrique à idées du lecteur, capacité à recevoir l’information extérieure, à s’en imprégner et à la développer de manière personnelle, est le processus qui va grandement favoriser sa propre immersion dans l’histoire. C’est le comportement psychologique du lecteur, son attitude à accueillir l’information, appuyée par ses facultés sensori-motrices, qui est le tenant. Le livre est l’outil, l’imaginaire en est un moteur, les détails, textuels, visuels, typographiques, sonores, sont, entre autres, des facteurs d’imprégnation au cœur de l’histoire, du savoir.

Pour favoriser cette imprégnation chez le lecteur, il est important de réfléchir simultanément à la trame narrative de l’histoire avec l’ergonomie de l’interface de lecture. Cela, afin de proposer des modalités d’interaction adéquates aux différents évènements scénaristiques et au message diffusé.

Du point de vue de la représentation graphique de la narration, il y a plusieurs exemples actuels, e-books, livres-jeux, qui témoignent d’un impressionnant développement graphique, permettant d’envisager leurs emplois à d’autres utilisations ludo-éducatives, par exemple, dans des contextes d’apprentissage, d’enseignement, en salles de classe. Toutefois, la plupart de cette typologie de livres tend souvent à charger le texte par le visuel et l’animation. Enrichir le livre est, à l’heure actuelle, un terme fortement connoté à l’embellissement graphique. La dimension narrative est pourtant celle qui demande à être davantage explorée, dans le rythme de lecture, valorisée par les modalités d’interactions, à partir des propriétés du texte (genre littéraire, schéma narratif, rebondissements, galerie et profils des personnages, dialogues, interactivité potentielle). Les modalités d’interactions de l’interface en s’adaptant à la trame narrative, vont créer des passerelles interactives tangibles entre l’histoire et le joueur, participant à enrichir l’expérience de lecture et à favoriser le processus d’immersion.

Dans une autre mesure, l’optique transmedia peut offrir une place valorisante pour le livre “traditionnel”. Dans le cadre d’une expérience narrative multiplateformes, suivant un script approprié, l’objet livre peut incarner son rôle premier d’outil de communication informatif, puis social, participatif (et également affectif). Il peut aisément revêtir de multiples formes adaptées au contexte de l’histoire et aux usages (journal, affiche, lettre, message secret, note). Loin d’être un paradoxe ou un gadget, l’objet livre au sein d’une expérience transmédia est un média de communication physique et conceptuel fort.

Marie GarelLe Livre enrichi ?